La lactation induite : Quel est le principe ? Comment ça fonctionne ?

Si vous n’êtes pas familière avec le principe de lactation induite, il est possible que vous vous demandiez de quoi il s’agit et comment cela fonctionne, pour qui, etc… Cette page est là pour vous apporter une réponse simple et compréhensible!

Qui peut induire une lactation ?

Il serait possible de vous répondre « Tout le monde! » mais cela serait trompeur. Quelques explications sont nécessaires…

Il n’est pas rare d’entendre parler d’hommes ayant des montées de lait, à la suite d’un traitement médical, d’un problème de santé, ou d’un choc psychologique (par exemple, décès de la mère et enfant refusant le biberon). Cela reste évidemment marginal, mais prouve cependant que le corps masculin est capable de lactation, dans une certaine mesure. Si le sujet vous intéresse, vous trouverez de nombreuses explications sur Google.

Dès lors, il va de soi que la quasi totalité des femmes (à l’exception de quelques rares exceptions et problèmes de santé extrêmes) est capable d’allaiter : Il n’est pas nécessaire d’avoir été enceinte pour produire du lait. L’histoire regorge d’exemples de femmes, soeurs, grand-mères, ayant allaité des enfants n’étant pas les leurs. C’est d’ailleurs l’origine même de la nourrice, qui a pour rôle de nourrir l’enfant.

Je ne vais pas explorer toutes les explications biologiques ni historiques expliquant pourquoi toutes les femmes, ou presque, peuvent allaiter et le font depuis la nuit des temps. D’autres le font très bien sur plein d’autres sites. L’essentiel que je veux vous communiquer ici est :

Oui, une femme peut allaiter un enfant adopté.
Oui, une co-mère peut allaiter l’enfant que porte sa conjointe.
Oui, une femme peut relancer sa lactation même si le bébé qu’elle a porté a cessé de téter depuis longtemps.
Oui, une femme peut allaiter son enfant né d’une gestation pour autrui.

Mais comment c’est possible ? 

Je dois commencer par vous raconter une anecdote, racontée par un ami pharmacien ayant 3 chèvres. Un jour, au printemps, il a constaté qu’une de ses chèvres avait les pis remplis de lait, alors qu’elle n’avait pourtant pas été enceinte, ni même au contact d’un bouc. Il a appelé le vétérinaire, qui a prescrit 15 jours d’antibiotiques pour soigner la mastite, et donné quelque chose pour ensuite couper la lactation de la chèvre, afin d’éviter d’autres mastites. Pendant 15 jours, il est allé traire sa chèvre et a jeté son lait, conformément aux recommandations du vétérinaire. Au lieu de couper la lactation avec un médicament, il a ensuite décidé de continuer à traire la chèvre quotidiennement. Il a alors constaté que tant qu’il stimulait (par la traite) sa chèvre, celle-ci donnait du lait.
Après réflexion, il a compris que ce qui avait été à l’origine de la montée de lait initiale était un choc alimentaire : brouter soudainement une grande quantité d’herbe fraîche et grasse, après des mois d’alimentation sèche, avait eu comme effet secondaire une montée de lait.
Le printemps suivant, il a laissé son herbe pousser un maximum avant d’y amener les chèvres, une par une, afin de tester sa théorie. Cette fois, deux chèvres ont eu une montée de lait, qu’il a donc commencé à traire. Ce faisant, leur lactation a continué ! Il m’expliquait alors : Le plus difficile, c’est de lancer le processus de lactation. Une fois qu’il est en route, il suffit de continuer à stimuler pour continuer à produire du lait.

En soi, c’est une explication parfaite au mythe de la mère « qui ne produit pas assez de lait » : dans 99% des cas, une mère est tout à fait capable de produire suffisamment de lait pour nourrir son enfant, à condition d’être correctement stimulée, psychologiquement et physiquement.

Trop souvent, des infirmières angoissantes vont faire peur à une mère épuisée et déboussolée, paniquée que son enfant ne grossisse pas assez vite, en leur annonçant qu’elle ne « produit pas assez de lait et qu’il faut passer au biberon. » Soudain, la mère se sent coupable de ne pas arriver à produire assez de lait, perd toute confiance en elle et en sa capacité à pourvoir aux besoins de son enfant, et il n’en faut pas plus pour tarir définitivement la source du précieux breuvage.

Cependant, bien entourée, une mère apprendra les bonnes positions pour allaiter, comment guider son enfant pour qu’il apprenne à téter de manière à stimuler correctement le sein avec sa bouche, trouvera des solutions pour améliorer sa lactation, gardera confiance en elle et en sa capacité à nourrir son bébé.



Comment ça fonctionne ?

D’accord, une femme ayant accouché peut allaiter longtemps si elle est bien entourée. Il ne s’agit pas d’une révélation exceptionnelle, bien que cependant nécessaire.
Mais comment induire une lactation chez une femme n’ayant pas porté d’enfant, et une fois la montée de lait obtenue, comment la conserver ?

La stimulation hormonale

Tout le monde reconnaît à présent l’importance des hormones dans notre comportement et notre fonctionnement physique. Les femmes, en particulier, connaissent l’impact majeur qu’une variation hormonale peut avoir sur le corps et sur l’humeur.
Il n’est donc pas surprenant que la manière la plus directe et efficace d’induire une lactation soit par une stimulation hormonale. En faisant croire au corps, par la prise d’oestrogènes, qu’il est en situation de grossesse, il commence naturellement à produire de la prolactine. Secrétée par l’hypophyse, la prolactine va agir sur les glandes mammaires afin d’entraîner leur croissance et commencer le travail de lactogénèse, la montée de lait.
Une fois l’allaitement entamé, la succion du bébé permettra une stimulation permanente, auquel le corps répondra en continuant de produire du lait. Pour optimiser cette stimulation, il est important d’être bien conseillée et guidée pour apprendre à bébé à téter correctement. Il est également possible d’utiliser un tire-lait entre les allaitements pour faire du « power pumping » et booster la production de lait. Enfin, certaines plantes et une bonne alimentation peuvent également aider à produire plus de lait.

La stimulation physique

Il est évident que la possibilité d’une stimulation hormonale n’est possible que depuis peu de temps. Pourtant, l’allaitement par des nourrices est très ancien. Cela s’explique par le fait qu’une stimulation physique permet d’entraîner l’hypophyse à produire de la prolactine, tel un réflexe ancestral répondant à un besoin physique. La succion du sein envoie le message qu’il y a une nécessité physique (et souvent urgente) de nourrir ce petit être. Le cerveau répond à ce besoin en produisant de la prolactine. C’est « aussi simple que ça » ! Vous avez peut-être même entendu ces histoires de femmes qui mouillent leur t-shirt rien qu’en entendant un bébé pleurer ! Le cerveau peut être d’une redoutable efficacité!
Voici la raison pour laquelle certains protocoles évoqués fonctionnent sans recourir à un traitement hormonal : ils comptent sur la capacité du corps à produire lui-même ces hormones au moyen de stimulation physique.
Il est cependant nécessaire de préciser que si cette stimulation physique peut se révéler suffisante, elle a quand même plus de risques de rencontrer des difficultés à entraîner une montée de lait efficace. Nombreux sont les obstacles, psychologiques ou physiques, qui peuvent semer le trouble dans le fonctionnement hormonal de votre corps.

La stimulation psychologique

Enfin, il est important de souligner l’impact énorme du psychologique dans la lactation.
Un conseil souvent donné aux femmes devant tirer leur lait au travail, est de se munir d’une photo, ou mieux d’un enregistrement vidéo de leur enfant en train de téter. Certaines sont incapables d’obtenir la moindre goutte sans cette stimulation psychologique, même si leurs seins sont lourds et douloureux. Le réflexe d’éjection du lait n’a pas pour but de initial de soulager une douleur dans les seins, mais de répondre à la faim d’un bébé. Il est donc normal que le corps réponde moins bien à une stimulation distraite (en regardant une série ou faisant votre liste de courses) qu’à une stimulation attentive, focalisée sur l’enfant en train de se nourrir du lait produit.
Si la vidéo d’un bébé en train de téter ne vous parle pas (soit parce que votre bébé n’est pas encore né, soit parce que vous n’avez pas de smartphone ou d’ordinateur sous la main), certaines ont des bons résultats avec de la visualisation : Représentez-vous des cascades de lait qui sortent de vos seins, imaginez des torrents de lait qui coulent, visualisez votre enfant imaginaire boire tout ce lait goulûment, bref… Représentez-vous l’abondance de lait que vous voulez avoir !
Une kinésiologue à qui je parlais de lactation induite m’a conseillé de ne pas recourir aux hormones, ni au tire-lait, et de me contenter de beaucoup de méditation et de visualisation. Même si je reconnais la possibilité d’une telle chose, avec beaucoup de travail sur soi, il s’agit cependant d’un choix risqué, à ne faire que si vous acceptez la possibilité d’un échec. Si vous tenez vraiment à allaiter, il est plus sûr d’ajouter à la stimulation psychologique, un soutien physique, voire hormonal si cela est possible.